Consensus pour laisser Augustin Senghor à la tête du football national: les pro et anti « bara yeggo » s’affrontent

Telle une mèche de cheveux allant dans le sens contraire de l’ensemble de la coiffure, Mady Touré «l’épi», se démarque momentanément du consensus qui regroupe les autres candidats à l’élection présidentielle de la Fédération sénégalaise de football. Au tour du président sortant Augustin Senghor, Mbaye Diouf Dia et Saër Seck s’accordent. L’élection à la présidence de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), prévue le 7 août prochain, divise les Sénégalais. S’il y a les acteurs qui votent d’un côté, il y a les activistes qui ne votent pas et qui sont contre ce «consensus». Les avis divergent.

Boubacar Sarr Locotte : «le plus important, c’est de trouver le chemin idéal pour faire progresser notre football»

Ancien international sénégalais, Boubacar Sarr Locotte donne son point de vue. «C’est un petit peu la période des consensus. C’est d’abord la Fifa qui a commencé en trouvant un consensus à la Caf. C’est au tour du Sénégal de retrouver ce consensus. Mais je crois que le plus important, c’est de faire d’abord un petit bilan de notre football. Dernièrement, on a vu que le Sénégal ne faisait pas partie des 12 meilleurs championnats. C’est inquiétant. La priorité aujourd’hui, c’est de penser au football local et essayer de hausser le niveau du championnat. Il faut promouvoir notre football national et essayer d’apporter plus d’attraction et de supporters aux stades. C’est vrai que c’est bien de trouver un consensus, de discuter, de trouver une solution aux maux du football sénégalais, mais même si ce sont des hommes compétents, on va retrouver les mêmes autour du football. Dans ce consensus, il faut une ouverture, permettre à des nouveaux, des jeunes qui sont ambitieux d’intégrer ce groupe pour améliorer notre football. C’est très logique que le jeune Mady, ambitieux, qui fait du bon travail avec Génération Foot, puisse avoir envie de gravir les échelons. Il doit avoir un bon programme pour ne pas être présent dans ce consensus. Il va essayer de bousculer ceux qui sont sur place et c’est légitime. Le plus important pour tout le monde, c’est de trouver le chemin idéal pour faire progresser notre football surtout sur le plan local. Aussi, il ne faut pas oublier que les textes permettent à Augustin de rempiler s’il a envie. Après, derrière, il faudra une équipe professionnelle pour gérer notre football.»

Roger Mendy : «à mon avis, tout doit se baser sur la transparence et la communication»

Lui aussi ancien international sénégalais, et grand connaisseur du foot local, Roger Mendy s’exprime sur le sujet. «Je ne suis pas contre la réaction de Mady Touré qui n’adhère pas au consensus. Parce que peut-être il veut gérer seul la fédération. Mais aussi les autres peuvent avoir leur raison de vouloir s’organiser et d’unir leurs programmes. A mon avis, tout doit se baser sur la transparence et la communication. Cependant, que ce soit Mady ou Augustin, il faut continuer le travail qui a été bien fait. Il ne faut pas non plus oublier que tout dernièrement, cette équipe fédérale a effacé les problèmes de billets, de primes et d’hôtels non payés. Ce n’est plus comme du temps de Roger Mendy ou Aly Maal où il y avait des tas de problèmes. Cette fédération a quand même bien travaillé et bien œuvré. Maintenant, ceux qui viendront après ont l’obligation d’être dans la ligne de continuité du travail déjà accompli. Ils ont intérêt à le faire parce que le football nous appartient à tous.»

Ndofène Fall : «il faut éviter autant que faire se peut les cassures créées par différentes élections»

Ancien footballeur de talent, vice-président de l’ASC Jaraaf, Ndofène Fall donne son point de vue. «A mon avis, le football sénégalais a atteint une maturité. Aujourd’hui, non seulement nous avons le potentiel, nous avons la volonté politique, mais nous avons aussi l’expertise. Parce que je persiste à penser que la Fsf a appris de ses erreurs. Est-ce que maintenant on doit se passer de certains d’entre eux ? Parce que s’ils vont en élection, c’est un seul parmi eux qui va passer et tous les autres vont passer à la trappe. On peut avoir toutes les expertises et ce ferait du bien pour le football sénégalais. D’autant plus que sur les 4 ans qui vont venir, nous aurons une Coupe du monde et deux Coupes d’Afrique. Est-ce qu’il ne faut pas ressembler toutes les forces vives du Sénégal pour aller enfin chercher un trophée derrière lequel nous courrons depuis belle lurette ? Ce qui s’est passé à la Caf et qui se passe au Sénégal ne peut être qu’une bonne chose. Il faut éviter autant que faire se peut les cassures créées par différentes élections.»

El Hadji Ousseynou Diouf, ancien footballeur : «cette division n’avancera pas le football sénégalais»

L’un des footballeurs les plus talentueux de l’histoire du football sénégalais, El Hadj Diouf vote lui aussi pour le consensus. «Dans cette histoire, c’est normal qu’il y ait polémique. Qui n’aimerait pas être président de la fédération ? Le Sénégal, maintenant, est une institution de football. C’est vrai qu’on n’a pas encore gagné de trophée majeur, mais on est sur le chemin. Ce que j’ai envie de dire aux candidats, c’est qu’il ne faut pas qu’il y ait d’animosité. Il faudra que les gens se parlent. Le consensus est normal pour le football sénégalais. Augustin Senghor ne peut pas être le premier vice-président de la Caf et ne pas être utile pour son pays. On va dire que ça fait des années qu’il est là mais le plus important, c’est qu’on doit faire bloc derrière lui pour le soutenir. Avec Mady, on doit pouvoir se poser, se parler et trouver une solution. Il ne faut pas qu’il y ait de perdant. Cette division n’avancera pas le football sénégalais. Tout le monde a le droit d’avoir des ambitions, mais il faut toujours qu’on se retrouve comme des frères et développer notre football ensemble. Pour gagner, il faut une organisation et c’est ce qu’il faut faire pour au moins gagner cette Can avec cette génération.»

Cheikh Seck, vice-président de la Fsf : «si on n’arrive pas à trouver un consensus on ira au élections»

Gardien de but des Lions lors de la grande épopée du Caire en 1986, Cheikh Seck, président du Jaraf et vice-président de la fédération de football, vote pour l’entente cordiale. «L’utilité du consensus, c’est comme on a fait à la Caf, c’est pour éviter des élections à n’en plus finir. Qui dit élection dit parti de gauche et de droite et ce sera une division. Il y aura des groupes par-ci et par-là. Je pense sérieusement qu’on n’a pas besoin de ça. Cependant, on est en démocratie, si on n’arrive pas à trouver un consensus, on ira aux élections. Mais je crois que le consensus peut être mieux pour tout le monde. On va élire quelqu’un qui va porter le programme et tout le monde se met au travail avec lui.»

Cheikhou Oumar Sy : «ce qu’on ne comprend pas, c’est qu’on veuille imposer un consensus là où il n’y a pas de crise»

Ancien parlementaire, Cheikh Oumar Sy a initié une pétition pour des élections démocratiques et transparentes de Fsf. «J’ai initié cette pétition suite à la réaction de beaucoup de personnes sur ce soi-disant consensus autour de Me Augustin Senghor. On le félicite pour le travail qu’il a eu à faire à la tête de la Fsf pendant 12 ans. Aujourd’hui, il n’y a pas de crise à la Fsf. On aurait parlé de consensus si, à deux ans de son mandat, Mbaye Diouf Dia, Mady Touré et Saër Seck s’étaient ligués contre lui pour dénoncer et qu’il y ait un blocage. Augustin Senghor est aujourd’hui à la fin de son mandat. C’est à dire qu’il doit respecter les textes et laisser les trois autres se présenter et présenter leurs programmes pour qu’on puisse avoir un nouveau président à la tête de la Fsf. Mais pourquoi le ministre des Sports et celui de l’Urbanisme contribuent à la violation des textes et imposent un consensus ? On ne peut pas imposer aux politiques de respecter la limitation des mandats et que dans d’autres instances, les gens restent éternellement. Je félicite Mady aussi qui mène un combat digne et noble et qui dénonce la gestion du football. C’est pourquoi on doit reformer ce système, cette mafia, cette bande d’amis. Ce qu’on ne comprend pas, c’est qu’on veuille imposer un consensus là où il n’y a pas de crise. Il y a lieu d’être transparent.»

Source:  LES ECHOS

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